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Politique

Aix-en-Provence, la prochaine Silicon Valley ? 

Publié le 09.11.2016 à 15h09

Mis à jour le 15.11.2016 à 12h31

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Aix-en-Provence, la prochaine Silicon Valley ? 

Chaque année, Aix-en-Provence devient l’acteur incontournable de l’économie européenne, en accueillant les rencontres économiques: 220 intervenants du monde entier, 30 000 visiteurs sur internet et 4 000 participants physiques. L’occasion de se rappeler que l’ancienne capitale de la Provence dispose d’une économie dopée par son cadre de vie, ses transports et la politique active de la commune.

Un territoire entre tradition et modernité

Un stand de produits traditionnels provençaux, un défilé en costumes traditionnels, tout cela face au tout récent Apple Store : c’est tout le visage d’Aix-en-Provence. Les pieds ancrés dans ses racines, ville thermale, ville aux 17 villages, ville d’agriculture, d’enseignement supérieur et de recherche, de culture, de tourisme, smart-city et accueillant la French Tech. Comment Aix-en-Provence combine-t-elle ses atouts économiques pour générer sa réussite ?

Une vision du territoire, une politique foncière attractive

Depuis l’arrivée du TGV en 2001, Aix-en-Provence n’a cessé d’accueillir des sièges sociaux de grandes entreprises françaises et internationales. 200 sièges d’entreprises américaines, allemandes, britanniques ou japonaises sont implantés dans le pays d’Aix. Une vague de développement économique encouragée par la ville, qui s’est donné les moyens d’accueillir ces sièges sociaux avec le développement de quartiers entiers ex-nihilo, présentant un mode de vie particulier. Leur principe ? Mélanger l’habitat et les zones d’activités tertiaires. Donner aux salariés la possibilité d’habiter tout près de leur lieu de travail, avec un accès rapide et privilégié au centre-ville d’Aix, dont le foncier était saturé avec des tarifs dignes de Paris – jusqu’à 11 000€ le m² ! 

Cette politique attractive continue : en 2016, Aix en Provence va lancer la ZAC de la Constance, mêlant là encore logement et entreprise. Aix a compris le bénéfice des clusters, et le met en pratique dans sa politique foncière. Le pôle numérique de la Constance accueillera donc des entreprises du secteur du numérique, dont le poids-lourd Voyage Privé, une école supérieure de commerce spécialisée dans le tourisme et des logements.

 

Aix-en-Provence, ville d’eaux, ville d’arts

Avec son million d’entrées dans ses prestigieux musées, son festival d’art lyrique mondialement renommé, connue également pour ses thermes romains, Aix en Provence est un phare culturel international, bien au-delà des Bouches-du-Rhône, et compte bien le rester. La ville mise sur l’avenir en investissant dans des équipements de prestige : le Grand Théâtre de Provence, le Centre Chorégraphique National, la Cité du Livre et ses 15 000 m², le très original Conservatoire Darius Milhaud, et prochainement l’implantation du nouveau SMAC dédié aux musiques actuelles. Sans compter le musée Granet et ses 200 000 visiteurs : c’est l’un des fonds les plus riches de la région. L’attraction culturelle dope le petit commerce basé au centre-ville, attirant une population de plus d’1,4 million de badauds !

L’une des villes les plus attractives de France

En 2015, l’institut CSA classait Aix-en-Provence comme la 2e ville de France où l’on aimerait vivre, juste derrière Bordeaux et bien avant sa grande voisine Marseille. Le secret est un savant mélange.

Il faut d’abord noter qu’Aix-en-Provence est la 10e commune la plus étendue de France avec ses 18 600 Ha soit l’équivalent du département des Hauts de Seine. Le centre-ville représente seulement 10% de sa surface communale pour 73% de la population : Aix en Provence est un mélange d’urbain et de rural avec de nombreux villages et hameaux.

 

Au sud, on y trouve des villages et des quartiers neufs, proches des zones d’activité tertiaire, notamment dans les services aux entreprises, qui représentent plus de 20% des emplois de la commune (contre 10% dans les communes de même strate). Le taux d’emploi y est important (146 emplois pour 100 actifs occupés) et ce, dans une croissance ininterrompue depuis les années 70.

 

Au Nord, les villages sont plus ruraux, l’urbanisation moins dense, les activités plus traditionnelles : c’est la « campagne Aixoise » tant aimée de Cézanne. Tout ceci ne pouvait que séduire une population de cadres, qui trouvent à Aix-en-Provence la concentration la plus importante d’emplois stratégiques des Bouches-du-Rhône, qu’ils soient de conception/recherche, de décision, ou de gestion.
 

La recherche et l’innovation en ligne de mire

Pour soutenir son attractivité économique, quoi de mieux que d’accueillir l’université francophone la plus importante au monde et ses 70 000 étudiants répartis entre Aix et Marseille ? La tradition étudiante est ancienne et importante à Aix, qui compte des facultés prestigieuses et ouvre de nouvelles écoles en lien avec les métiers de demain. Certaines écoles figurent même dans le top 50 mondiaux du Financial Times, comme l’IAE Graduate School of Management.

 

Les pôles de recherche sont nombreux, comme le Technopôle Environnement de l’Arbois, à la pointe des bio tech et cleantech, mais aussi de la recherche avec son nouvel accélérateur de particules unique en France.

Smart City et French Tech : l’aménagement numérique du territoire

La stratégie de la ville d’Aix en Provence pour évoluer vers une smart city est déjà en œuvre et fait ses preuves au quotidien. C’est d’abord la labellisation French Tech, pour laquelle l’adjoint au Maire Stéphane Paoli rappelle que la ville n’a reçu aucune aide gouvernementale, qui a servi d’accélérateur. L’ambition affichée d’une Silicon Valley à la française n’est pas irréaliste : outre ses 300 jours d’ensoleillement par an, le grand nombre de sièges sociaux nationaux, la ville multiplie les passerelles entre le monde de l’enseignement, de la recherche, et les entreprises du numérique, soutenant l’innovation et l’initiative économique par des projets structurants. C’est ainsi que le campus dédié à la ville de demain naîtra l’an prochain dans le quartier de la Duranne, avec pour objectif de réfléchir aux problématiques des smart cites du futur. Il accueillera un incubateur de start-up qui viendra compléter l’incubateur Cleantech de son voisin, l’Europole de l’Arbois.

 

“Il est important de noter que dans un contexte de mise en oeuvre pour le moins tendu, le projet Aix-Marseille French Tech a été "sanctuarisé" et se pose comme un projet métropolitain absolument réussi et qui enorgueillit les collectivités de la Métropole, la CCIMP, Euroméditerranée et Medinsoft, qui en sont les principaux artisans.

Effectivement, parler de Silicon Valley concernant cette métropole n'est pas usurpé : les investisseurs et les entreprises affluent, tandis que nos agences de développement économique du territoire parcourent le monde afin de présenter Aix-Marseille Provence, notamment au travers d'#AMFT avec un succès massif.”

Stéphane SOTO, chef d’entreprise locale, DG de MEDINSOFT et DG d’Aix Marseille French Tech
 

Concilier racines et digitalisation

Le visage d’Aix en Provence ne serait pas complet si l’on ne mentionnait pas son centre-ville dédié aux piétons. Le Centre Historique, préservé, se déploie sur 70 Ha et abrite un petit commerce très vivant avec plus de 1500 enseignes. A l’heure où les centres-villes et l’économie locale se meurent partout en France, Aix fait figure de modèle.

Faut-il attribuer le succès à une longue tradition, à la présence importante d’étudiants non motorisés et logés dans un parc privé de studios dans le centre, à une politique fiscale très attractive ? Ou bien est-ce grâce à la forte fréquentation touristique : Aix en Provence affiche un taux d’occupation de 67% de ses chambres et totalise près d’1,2 million de nuitées et ce, tout au long de l’année, grâce à une présence culturelle internationale, au tourisme d’affaires, aux excursionnistes désireux d’explorer les grands sites naturels, ou encore au développement récent du nombre de croisiéristes venus de Marseille. 

La rançon du succès : un prix de l’immobilier qui flambe, et des bureaux vacants

Aix présente le deuxième marché immobilier le plus cher de France après Paris, devant les métropoles du Sud.

 

Malgré un rythme de construction soutenu, avec des programmes collectifs dans tous les secteurs, le développement économique allié à la diminution de la taille des ménages ont conduit à une pression qui place le marché de l’immobilier Aixois en tension. 35 000 étudiants trouvent à s’y loger chaque année, et Aix-en-Provence va poursuivre le développement de sa politique universitaire en débloquant 2000 logements étudiants de plus grâce au plan Campus.

 

Hormis cette population jeune, Aix subit toutefois un phénomène de périurbanisation, notamment pour les couples avec enfants. Alors que le solde migratoire, en particulier depuis l’Ile de France eu égard aux nombreuses installations de sièges sociaux et donc, d’emplois décisionnels, était positif, cela tend à s’essouffler avec des départs vers sa proche périphérie et Marseille, moins attractive mais surtout moins chère.

 

L’immobilier de bureaux stagne également : la morosité économique nationale a fini par ralentir le nombre d’implantations de bureaux à Aix en Provence, qui doit encore corriger quelques erreurs dans son programme de circulation et de transports pour fluidifier les déplacements essentiels à l’économie locale. Le prix des locations y reste cependant élevé compte tenu du potentiel à moyen terme de la zone et de ses nombreux atouts économiques.

On ne peut conclure sur la ville d’Aix en Provence que par un mot de Cézanne :

« Quand j'étais à Aix, il me semblait que je serais mieux autre part, maintenant que je suis ici, je regrette Aix... Quand on est né là-bas, c'est foutu, rien ne vous dit plus ».