|  

Entreprises

Délocalisations, du mythe à la réalité

Publié le 29.06.2016 à 12h02

Mis à jour le 30.06.2016 à 10h43

Par

Délocalisations, du mythe à la réalité

De nombreuses mutations économiques se sont opérées sur la scène internationale ayant comme effet direct d’importants bouleversements structurels. Entre mesures protectionnistes, fin de la Guerre Froide, apparition du capitalisme, mondialisation, course à la compétitivité, les entreprises ont été tentées par de nouvelles stratégies dont celle de la délocalisation. Il est important d’avoir à l’esprit qu’une délocalisation s’inscrit dans la stratégie globale de l’entreprise. Le marché a évolué et aujourd’hui, il semble que la demande mette à mal ces stratégies de délocalisations. En effet, les populations sont de plus en plus demandeuses de produits locaux, souvent gages de qualité. Les délocalisations sont-elles la solution à tous nos maux ? Rien n’est moins sûr !

Un peu d’histoire

Pour bien comprendre le phénomène des délocalisations en France, il est important de revenir sur quelques faits marquants de l’Histoire. 


Remontons tout d’abord à la période 1950-1960, à l’époque où les régions françaises n’avaient pas encore atteint le niveau de développement économique de la région parisienne. Pour réajuster ce déséquilibre, l’Etat a décidé de mettre en place des mesures incitatives en accordant des aides financières à toute entreprise établie en Ile-de-France qui décidait de transférer une partie de sa production vers la Province, plus spécialement vers des régions moins développées telles que la Bourgogne, la Bretagne ou la région Centre. Cette politique a permis, entre 1950 et 1975, la création de plus de 250 000 emplois dans le secteur industriel en Province. Les secteurs automobile, mécanique, électronique et électrique ont été les principaux bénéficiaires d’emplois décentralisés.

 

Capitalisme et modernisation vers la mondialisation et la délocalisation 

Pendant les Trente Glorieuses, la France a su tirer profit de ses programmes d’infrastructures lourdes et s’est modernisée. Elle a également pu bénéficier des débouchés de son empire colonial, et, le protectionnisme aidant, a connu une forte expansion économique. Toutefois, pendant la période de la Guerre Froide, le capitalisme s’est installé au sein du bloc américain notamment avec les accords du GATT, le libre échange est alors devenu roi dans cette partie du monde. Les entreprises se sont donc lancées dans une course au profit en cherchant des solutions pour baisser le coût de la main d’œuvre. Elles ont donc commencé à penser à la délocalisation.

 

En effet, les accords du GATT ayant imposé le libre-échange avec un abaissement non considérable des droits de douane, la libre circulation des capitaux et des marchandises est devenue aisée, ce qui a eu d’importantes conséquences sur le monde de l’entreprise puisque les entreprises du monde entier sont entrées en concurrence. Au même moment, les pays européens faisaient face à la fin de l’empire colonial et engageaient d’importants changements politiques et économiques avec la création d’une seule et même entité économique et politique : l’Union Européenne. L’ouverture de ce grand marché, à l’intérieur duquel tout pouvait circuler, hommes, marchandises et capitaux, était en soit une source de débouchés mais surtout un élément de concurrence. Par conséquent, certains secteurs (textile, habillement et mécanique) ne pouvaient plus suivre cette dynamique et se voyaient touchés par des conséquences économiques néfastes.

 

Perte de compétitivité : les plans de sauvetage ne suffisent plus

Ainsi, au milieu des années 1970, les délocalisations apparaissent en raison de la crise industrielle et pétrolière. La consommation des pays industrialisés s’effondre et on assiste à une perte de compétitivité des entreprises françaises. Les premières privatisations voient le jour au début des années 1980, les difficultés persistent, malgré quelques réussites dans l’aéronautique. Les plans de sauvetage dans l’acier et le textile montrent leurs limites. De nombreuses fermetures de sites ont lieu et des dizaines de milliers d’emplois sont perdus. Le recours aux délocalisations devient de plus en plus fréquent. La production délocalisée pénètre sur notre territoire par le biais du commerce international. Depuis 1978, la France présente une balance du commerce extérieur de biens manufacturés globalement équilibrée. C’est l’argument souvent avancé dans le discours néolibéral. Il démontrerait que la croissance des importations, productions délocalisées incluses, serait compensée par la croissance des exportations. Dans cette logique, on sous-entendrait que les emplois perdus pour cause de délocalisations se verraient compensés par des emplois créés dans la production à l'export.

 

Les importations permettent-elles d’arriver à l’équilibre ?

Dans le cas où les importations françaises proviendraient uniquement de pays dans lesquels les coûts du travail seraient équivalents aux nôtres, la balance commerciale serait proche de l’équilibre sur les quarante dernières années. Par contre, la situation est diamétralement différente lorsque l’on prend en compte uniquement les importations provenant des pays émergents. L’apparent équilibre de notre balance commerciale est en fait, du point de vue de l’emploi, un indicateur de déséquilibre. Concernant nos importations, on constate une circonstance aggravante : la part des biens produits dans les pays émergents ne cesse d’augmenter.

 

L’émergence d’un nouveau monde

Les pays émergents ayant souvent un coût de main d’œuvre très bas, les firmes du monde entier se sont ruées sur ces pays ce qui leur a permis d’abaisser considérablement les coûts de production de leurs produits et donc de les proposer à un tarif très intéressant pour les consommateurs. La Chine est alors devenue l’atelier du monde. Entre 1995 et 2005, elle a d’ailleurs connu une croissance de 18% de ses exportations (Alternatives économiques, chiffres de 2008).

 

Cette mondialisation de l’économie émerge du fait d’importants progrès techniques : en termes de transports, les progrès technologiques et les crises pétrolières ont eu pour conséquence une importante baisse des coûts de transport et donc une véritable révolution des transports. On assiste alors à l’émergence de flux de marchandises, de personnes, d’information et de capitaux.

 

N’oublions pas que les délocalisations se sont accompagnées de transferts de technologie, ce qui a qualifié la main d’œuvre de nos ateliers du monde. Mais où est donc le temps de la « Chine, atelier du monde » ? La Chine a su instaurer ce rapport gagnant-gagnant lors des délocalisations. Une entreprise qui souhaite s’implanter en Chine doit opérer un transfert de technologie ou de savoir-faire, en cas de refus, elle ne pourra pas accéder au marché chinois. Aussi, en raison de ces transferts de technologie, la Chine a pu se développer et investir en R&D. Bien qu’elle connaisse aujourd’hui un ralentissement de sa croissance, elle reste la deuxième puissance économique mondiale.

 

 

Les délocalisations sont donc un phénomène bel et bien présent mais qui tend à se réduire en fonction du secteur d’activité. La demande évolue pour aller vers une consommation plus responsable et les entreprises prennent en compte cette demande de leur client.