|  

Justice

L’obsolescence programmée, un modèle remis en cause

Publié le 31.03.2016 à 16h04

Mis à jour le 31.03.2016 à 16h04

Par

L’obsolescence programmée, un modèle remis en cause

Depuis juillet 2015, l’obsolescence programmée est une infraction. Si la sanction peut être lourde pour les entreprises qui réduisent volontairement la durée de vie de leurs produits, leur culpabilité est pourtant difficile à démontrer. Des entreprises misent aujourd’hui sur l’anti-obsolescence et des produits ayant une longue durée de vie. Un site internet recense même ces produits sur ses pages.

L’obsolescence programmée est une pratique qui vise à réduire la durée de vie d’un produit pour in fine pousser le consommateur à la consommation. Pour « programmer » l’obsolescence du produit, certains industriels insèrent un composant peu résistant dans le produit ou bien retirent du marché les pièces de rechange de ce composant. Ces pratiques sont beaucoup critiquées par la surproduction qu’elle génère, notamment d’après les associations de consommateurs dans les secteurs de l’électroménager, de l’informatique et de la téléphonie mobile.

La loi sur la transition énergétique punit la réduction du temps de vie des produits

Depuis le 22 juillet 2015, l’obsolescence programmée est une infraction. La nouvelle loi sur la transition énergétique a ainsi inscrit la définition et la répression de l’obsolescence programmée dans l’article L.213-4-1 du Code de la consommation. Cet article peut punir les coupables de deux ans de prison et de 300 000 euros d’amende. Le montant peut même monter jusqu’à 5% du chiffre d’affaires de l’entreprise fautive, un calcul se basant sur les trois derniers chiffres d’affaires annuels connus à la date des faits.

 

Seulement, la preuve de ce délit doit être apportée par le consommateur lui-même. Il doit alors démontrer la durée de vie théorique de l’objet et prouver qu’elle a été raccourcie de manière volontaire grâce à une technique d’obsolescence programmée.

 

La loi Hamon du 17 mars 2014 contient déjà l’obligation d’information sur la période de disponibilité des pièces de rechange et une disposition sur l’allongement de 6 à 24 mois de la présomption qu’a le consommateur au sujet de la garantie légale de conformité.

BuyMeOnce, un site qui répertorie les objets garantis à vie

Lancé en 2016 par Tara Button, BuyMeOnce est un site qui liste des objets garantis à vie ou à très longue durée de vie.

 

En cuisine par exemple, on retrouve les cocottes de la marque française Le Creuset et rayon chaussures, les célèbres Dr Martens, mais sur BuyMeOnce, ce sont les appareils électroniques qui manquent à l’appel, selon Tara Button. « Pour l’instant, on a seulement un modèle de téléphone qui nous intéresse, le Fairphone, indique-t-elle. Les industriels du secteur ne sont pas encore prêts à changer leurs pratiques quand on voit qu’on ne peut pas remplacer la batterie ou le processeur sur une majorité de modèles ».

 

Tara Button conseille ainsi de « regarder la valeur d’un objet, pas son prix. Sur le long terme, développe-t-elle, la plupart des gens ne font pas d’économie en achetant des objets de mauvaise qualité ».

Sonos, la marque qui mise sur l’anti-obsolescence de ses produits

Si la stratégie de l’obsolescence programmée cherche à obliger la clientèle à remplacer son installation par de nouveaux produits, la stratégie de l’anti-obsolescence programmée de Sonos est de satisfaire le client pour que ce dernier décide d’acheter de nouveaux produits de la marque. « Un client qui a acheté un produit il y a 10 ans aura accès à nos dernières innovations », indique Olivier Chemin, le directeur France de la marque, fondée en 2002 par John MacFarlane.

 

La marque, qui vend notamment des enceintes, des home cinémas et des composants, a ainsi une « volonté de contenter le client », ce qui est « dans la substantifique moelle de la marque », confie Olivier Chemin. En cela, Sonos fait partie des marques comme Netflix (qui ne diffuse aucune publicité) qui se concentrent sur une bonne expérience de l’utilisateur pour in fine le fidéliser.

Innovation : un moteur solaire inusable

Le moteur solaire de la start-up SAUREA est un moteur dépourvu d’éléments susceptibles de devoir être réparés. Grégory Deren, gérant de SAUREA, assure ainsi « une fiabilité exemplaire » de l’invention.

 

Le moteur solaire autonome pourrait aider des milliers de personnes dans le monde. En effet, des milliers d’installations solaires ont déjà été installées dans les pays en développement mais avec des composants qui s’usent rapidement. Souvent, « on ne trouve ni pièce détachée de rechange, ni personnel qualifié pour entretenir [ces installations], explique Alain Coty. Une station qui tombe en panne est définitivement en panne », d’où la promesse importante d’inusabilité du moteur solaire SAUREA.

 

Le moteur servira pour plusieurs applications, selon Nadège Payet-Tisset, responsable commerciale de SAUREA, notamment dans les secteurs de l’aéraulique, de l’hydraulique et de la mécanique. L’innovation est aussi destinée à servir dans les pays pauvres et à fort ensoleillement. La start-up monte actuellement des projets pilotes en Afrique avec en particulier des ONG « pour valider les process et les applications auxquelles [SAUREA] va adjoindre le moteur ».

 

L’innovation française, qui a été brevetée, a reçu plusieurs prix dont le lauréat de la catégorie « Espoirs de l’Innovation » du concours « Y’a d’l’idée en Normandie » en octobre 2015.