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Economie

L'usage des megadonnées va bouleverser tous les secteurs de la santé.

Publié le 03.10.2016 à 9h00

Mis à jour le 05.10.2016 à 11h18

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L'usage des megadonnées va bouleverser tous les secteurs de la santé.

Les conclusions d’un rapport réalisé par Ernst & Young (EY) datant de novembre 2015 sont édifiantes. Le développement du Big Data est en passe de bouleverser de nombreux secteurs de l’économie. Celui de la santé, souligne le cabinet, est le secteur à plus fort potentiel. Les entreprises de santé qui auront su anticiper ces bouleversements seront en mesure de relever ces nouveaux défis. 

Champs d’applications

Le carnet de santé sera remplacé dans un futur proche par une puce qui, en plus de compiler les prescriptions de médicaments, les antécédents médicaux, les vaccins, les séjours à l'hôpital ou la courbe du poids, sera en mesure, grâce aux objets connectés, d’inscrire en temps réel le taux de sucre dans le sang ou la tension artérielle. Les écarts décelés alerteront directement le médecin traitant.

Le génome des patients livrera de nombreuses informations. Des traitements personnalisés pourront être mis en œuvre après le recueil, l’analyse et l’interprétation de milliards de données. C’est ainsi que les médecins décèleront des corrélations toujours plus précises entre profil génétique, mode de vie, âge et risques pathologiques. Les champs d’application touchent pratiquement tous les secteurs de la santé :

  • La recherche génomique et le séquençage du génome
  • Les opérations cliniques
  • L’amélioration des soins personnalisés aux patients
  • La télésurveillance des patients
  • La médecine personnalisée pour tous
  • Les autopsies virtuelles
  • L'amélioration des processus médicaux

La Big Révolution du Big Data

Tout va changer : la logistique des soins, les relations entre patients et médecins, le financement du système, etc. C’est un véritable changement de paradigme auquel nous sommes en train d’assister. Cinq start-ups œuvrant dans l’univers médical illustrent cette révolution.

Cordiva : un pèse-personne en télésurveillance qui donne de bons résultats pour les insuffisants cardiaques

Avec ce programme de télésurveillance développé par la firme Alere, il suffit au patient de se peser quotidiennement et de répondre à des questions portant sur la fatigue, l’essoufflement ou les troubles du sommeil, en vue de prévenir des complications aux patients atteints d'insuffisance cardiaque.

Ces données, transmises automatiquement sont analysées. Une alerte est déclenchée dès que les valeurs sortent des normes. Le dispositif a déjà été testé sur environ 60 000 malades en Allemagne et aux États-Unis. Entre 2007 et 2010, une enquête incluant des patients des régions de Berlin et de Bavière démontrait une baisse de 28,3% du taux de ré-hospitalisation pour ceux suivis par Cordiva.

En France, plusieurs études cliniques se déroulent, tel le programme Osicat mené par le CHU de Toulouse. Si les résultats sont concluants, le remboursement du dispositif pourrait être pris en charge par l’Assurance-Maladie en vue d’économies futures. Chaque année, ce sont plus de 200 000 séjours hospitaliers représentant plus de 60% des coûts totaux engendrés par la maladie.
 

Diabéo : grâce à la télémédecine, la dose correcte d’insuline est injectée au bon moment 

Il s’agit là d’une fiche de suivi électronique des patients atteints de diabète. Son principe est simple : le malade renseigne avant chaque repas son taux de glycémie ainsi que le menu qu’il va consommer. Prenant en compte son activité physique, l’application calcule la dose d’insuline qu’il lui conviendra de s’injecter.

Dans les cas où les résultats se révèleraient inquiétants, une équipe soignante pourra rapidement assurer une consultation à distance. Le dispositif développé par la start-up Voluntis du groupe Sanofi en collaboration avec le CERITD (Centre d’Etudes et de Recherches pour l’Intensification du Traitement du Diabète), n’est pour le moment disponible que pour des patients faisant l’objet d’une étude clinique. Il pourrait être, à terme, davantage simplifié : depuis une simple photo, l’application analyserait la composition du repas.

L’association depuis l'été 2015 de Google et de Sanofi dans ce projet pourrait accélérer les résultats des recherches, tout en posant encore plus la question sur la confidentialité des données.

Khresterion : grâce à l’aide au diagnostic, l'intelligence artificielle assiste les médecins 

Khresterion est une start-up du domaine médical édite une application d'aide à la prise de décision. L'intelligence artificielle ainsi développée fonctionne un peu comme le super-ordinateur Watson conçut par IBM, traitant en quelques minutes, toute la littérature scientifique concernant une pathologie ainsi que l’ensemble des données d'un patient, telles que ses symptômes, antécédents, notes du médecin, etc.

Dans les deux cas, l’application compare les options, analyse ses avantages et ses inconvénients et révèle les potentiels effets secondaires en fonction de la physiologie et de l’histoire médicale du patient. Le personnel soignant pourra ainsi trancher parmi les options de traitements personnalisés les plus adaptées.

Khresterion concentre pour le moment des solutions sur les traitements du diabète ou de cancers. La start-up compte également promouvoir une hausse dans la qualité des soins ainsi qu’une harmonisation des pratiques médicales en intégrant dans ses logiciels les pratiques les plus efficaces opérées par les organisations professionnelles nationales et internationales.

Epidemium : grâce à la recherche participative, deux laboratoires s’associent pour lutter contre le cancer 

L'objectif du partenariat né entre le géant pharmaceutique Roche (contributeur à hauteur de 200 000 euros) et les laboratoires citoyens La Paillasse est de réinventer la recherche, celle-ci s‘appuyant à la fois sur le Big Data et sur une collaboration inédite.

Cette union scientifique, baptisée Epidemium, est selon Olivier de Fresnoye, chargé du programme au sein du réseau La Paillasse,

« Une volonté de mélanger experts et amateurs car la bonne idée n’arrive pas obligatoirement de là où on l’attend ».

Ce programme collaboratif prend l’aspect d'un « data challenge ». Lancé à l'automne 2015, pour une durée de six mois, le « Challenge4Cancer » réunit des équipes pluridisciplinaires planchant sur des jeux de données afin de faire émerger des voies nouvelles de prévention, des approches inédites dans la prise en charge des malades ou bien de nouveaux traitements. Tout cela est dû en partie aux algorithmes de Machine Learning. Des liaisons pourront ainsi être établies entre des paramètres tels que les comportements sexuels, l'alimentation, le climat et le risque de cancers. Ces pistes permettront une meilleure anticipation, ou même, une prévention de l’apparition de la maladie.

Santinel : grâce à la télésurveillance, le lien avec l'hôpital est maintenu même après la sortie

Cette application, en cours d’expérimentation depuis mars 2015 et développée par la start-up IPaCT, est mise en œuvre par l’équipe mobile de soins palliatifs et de douleurs de l'Institut Claudius Regaud de Toulouse.

Le logiciel permet un suivi des patients rentrés chez eux après une hospitalisation. L’équipe médicale peut suivre, grâce aux données renseignées, l’évolution de la douleur et des symptômes associés des patients. Avec un renforcement du suivi à domicile, Santinel permet une réduction de la durée d’hospitalisation et offre aux patients l’assurance de ne plus se retrouver seuls face à la maladie.