|  

Economie

Le développement numérique français à la traîne

Publié le 03.02.2016 à 15h58

Mis à jour le 03.02.2016 à 15h58

Par

Le développement numérique français à la traîne

La France est le 16ème pays de l’Union Européenne en termes d’intégration numérique dans les entreprises. Pour cause, le numérique français fait face à un cadre réglementaire complexe et inadapté. Etat des lieux du paysage numérique français quelques jours après le retrait du projet de loi Macron 2 sur les nouvelles opportunités numériques.

Selon Bercy, la France connaît un retard dommageable en termes de développement numérique.

Un potentiel technologique français de 1 000 milliards d’euros

Selon les chiffres de novembre, « les secteurs des technologies de l’information et de la communication représentent 4,3 % du PIB de la France contre 5,5 % en moyenne dans l’OCDE. Notre pays est le 16ème de l’UE en termes d’intégration numérique dans les entreprises », relève une conseillère du ministre de l’Economie Emmanuel Macron.

 

Pourtant, selon une étude du cabinet McKinsey, si les entreprises accélèrent nettement leur transformation numérique, la France pourrait accroître la part du numérique dans son PIB de 100 milliards d’euros par an à l’horizon 2020. De plus, l’impact des technologies numériques disruptives, telles que le cloud computing ou encore l’impression 3D, pourrait s’élever à près de 1 000 milliards d’euros d’ici à 2025.

Un financement et une réglementation mal adaptés à l’économie numérique

Le Conseil d’Analyse Economique a repéré certaines causes qui seraient à l’origine de ce retard. Selon l’organisme, la première raison tiendrait aux problèmes de financement et à la faiblesse des fonds de capital-risque qui permettent d’aider les start-ups à se développer. Deuxièmement, le cadre réglementaire serait trop lourd, complexe et mal adapté au nouveau modèle d’affaires provenant de l’économie numérique. Le ministre de l’Economie Emmanuel Macron s’était prononcé à ce sujet : « Ne pas anticiper ces mutations, c’est se condamner à les subir. Puisque tout change, notre manière d’agir doit aussi changer ».

 

D’un autre côté, la France encourage le financement participatif, qui aide ces nouvelles start-ups du numérique à accroître leur capital. Ainsi en 2014, 152 millions d’euros ont été collectés grâce aux plateformes de financement participatif, le double des chiffres de 2013. 88,4 millions d’euros ont ainsi été prêtés et 38,2 millions ont été collectés sur des plateformes de dons. Enfin, 25,4 millions d’euros ont été collectés sur des plateformes de « crowd equity », lesquelles permettent d’entrer au capital d’une petite entreprise. Pour soutenir le crowdfunding en France, le gouvernement a d’ailleurs créé une ordonnance en octobre 2014 qui supprime le monopole bancaire sur les prêts rémunérés.

L’échec du projet de loi Macron 2 sur les nouvelles opportunités numériques

A l’occasion du salon high-tech CES 2016 où la délégation française était la deuxième plus nombreuse avec ses 190 start-ups (dont Leka ou encore Sensor Wake), Emmanuel Macron soutenait encore le potentiel de son nouveau projet de loi sur le numérique « Noé » (Nouvelles opportunités économiques) : « Je remettrai en début de semaine prochaine au Premier ministre et au Président de la République l'ensemble des mesures qui seront arbitrées et que je présenterai d'ici la fin du mois ». Sur LinkedIn, il écrivait alors que les français sont « en train de sortir de ce paradoxe qui nous a fait tant de mal, celui d’un pays où il est interdit d’échouer, mais où il est suspect de réussir ! ».

 

Deux semaines plus tard, Emmanuel Macron a finalement annoncé que la loi Macron 2 ne serait pas conduite. Les mesures de ce projet de loi portaient sur le financement des innovations et des entreprises à forte croissance et sur l’accompagnement de la numérisation de certaines d’entre elles. Par cette loi, Emmanuel Macron voulait entre autres favoriser la formation chez les travailleurs pour qui l’emploi est menacé par le numérique et accélérer la mise sur le marché des médicaments.

 

Les principales mesures du projet de loi seront finalement rattachées à d’autres projets, entre autres à la loi sur le numérique soutenue par la secrétaire d’Etat au numérique Axelle Lemaire et à la loi sur le travail défendue par la ministre du Travail et de l’Emploi Myriam El Khomri. Le ministre de l’Economie refuse d’y voir un échec : «Donc il y aura plusieurs textes, mais je ne suis pas le fétichiste d'un texte. Je ne suis candidat à aucun poste ministériel, je ne suis candidat à aucun texte de loi, mais je suis farouchement accroché à la réforme radicale et à ce qu'on avance dans le pays»