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Politique

Marseille attractive ? Quelle politique économique d’ici 2020 ?

Publié le 23.09.2016 à 16h25

Mis à jour le 09.11.2016 à 14h31

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Marseille attractive ? Quelle politique économique d’ici 2020 ?

La stratégie déclarée de la cité phocéenne pour soutenir son économie repose sur trois axes principaux : développer les centres d’affaires, le potentiel scientifique et créatif, et son activité touristique.
Mais quels sont ses réels atouts et faiblesses en matière d’attractivité économique ? Comment la récente constitution de la métropole rebat les cartes ?

Aller chercher la croissance là où elle se trouve

Marseille l’a bien compris : elle doit exister dans le monde et s’affranchir de son image sur le territoire national. La stratégie à 2020 de la cité phocéenne est basée sur les racines de la ville, c’est-à-dire axée fièrement sur son port et ses échanges marchands avec le vaste monde. Marseille ira chercher la croissance là où elle se trouve, chez ses partenaires asiatiques. Pour ce faire, elle doit soigner son attractivité, tant auprès de l’étranger qu’en France. Car c’est bien en France que réside son handicap majeur : malgré une légère hausse démographique, Marseille n’arrive pas suffisamment à attirer et retenir les talents et les cadres supérieurs nécessaires à son développement économique.

 

Fortement endettée, économiquement plus faible que d’autres villes de sa taille, Marseille a désespérément besoin de sa périphérie pour lui apporter de l’oxygène – et de l’argent ! – ce qui implique de dépasser la concurrence qui règne depuis plus de 50 ans avec les villes qui composent sa métropole.

Une économie basée sur une main d’œuvre abondante et bon marché, mais peu qualifiée

Ce constat est issu d’une histoire : Marseille, dont l’économie fut basée sur son complexe industriel et portuaire, a connu une croissance démographique très importante au début du XXème siècle et ce jusqu’en 1970 où elle atteindra un pic de population à 915 000 personnes. Attirant volontairement une main d’œuvre à bas prix et de faible qualification, elle privilégie d’abord la main d’œuvre coloniale, puis des pays latins et enfin du Maghreb. Marseille ira jusqu’à compter 25% d’étrangers dans sa population, dont quasiment 90% d’italiens. Cette main d’œuvre va fournir sa force de travail, et s’établir durablement dans la cité.

Marseille ignore alors volontairement sa périphérie, elle se sent totalement autonome, forte de son industrie et de son port, lui assurant des relations avec l’ensemble du monde colonial.

 

L’arrière-pays provençal, lui, a dû trouver d’autres solutions et à l’issue des 30 glorieuses, il dispose d’une assise industrielle solide dans des secteurs qui supportent mieux la crise : pétrochimie, aéronautique, ingénierie et électronique. Désormais, l’attractivité est forte à la périphérie du territoire marseillais, la démographie et les recettes sont là et Marseille devient un creuset pour une population aux taux d’activité et d’emploi faibles, et dont une partie trop importante n’a pas de diplôme et vit en-dessous du seuil de pauvreté. Marseille est ainsi la première ville de France en termes de dépendance aux diverses allocations.

Une position géostratégique à exploiter

Pour sortir de l’ornière, Marseille veut compter sur ses atouts et en premier lieu sa position géostratégique, en commençant par développer des centres d’affaires et un immobilier professionnel accueillant. Le succès d’Euroméditerranée montre que les investisseurs voient d’un bon œil ce potentiel économique et cette revitalisation des espaces portuaires de la ville.

 

Pour autant, son attractivité économique demeure trop faible. Le tissu économique est fractionné avec une écrasante majorité de TPE de moins de 10 personnes et le manque de sièges sociaux de grands groupes – à part l’emblématique CMA-CGM – qui ne permettent pas aux cadres de trouver des fonctions à la hauteur de leurs compétences.

 

L’arrivée du TGV a de ce point de vue fortement avantagé la ville d’Aix-en-Provence, qui a su attirer des sièges sociaux depuis la région parisienne et un emploi de cadres de haut niveau. La différence se situe sur des points de vue objectifs et subjectifs, sur des fondamentaux en termes de qualité de vie qui n’ont pas permis à Marseille d’attirer les emplois à fort potentiel.

 

Marseille, tristement célèbre pour ses grèves de transport et de ramassage d’ordures ménagères, de difficultés de circulation et de règlements de compte sur fond de trafic de stupéfiants, n’offre pas suffisamment de garanties pour les cadres et leurs familles. C’est ainsi que les pôles de compétitivité se sont installés à la périphérie de la métropole et non pas dans sa ville-centre.

Jouer sur trois axes : développement des centres d’affaires, du potentiel scientifique et créatif, et de son attractivité touristique

Marseille doit donc répondre à un enjeu très fort d’implantation de centres décisionnels et de services support en B-to-B pour améliorer son économie et augmenter la valeur ajoutée de son économie tertiaire. C’est la condition sine qua non pour rattraper son retard… mais cela suppose d’autres pré-requis à l’heure des smart-cities et des éco-cités, domaines où là aussi, Marseille est encore à la traîne malgré des ambitions affichées.

 

Une délicate alchimie doit donc s’opérer pour attirer davantage d’entreprises à fort potentiel : les ingrédients majeurs sont un foncier disponible et attractif, des infrastructures efficaces et modernes, indispensables notamment en termes de data et de télécommunications, et des pôles de recherche scientifique à la pointe. Sur ce sujet, Marseille dispose d’atouts méconnus : le Technopole de Château-Gombert et son école Centrale pour les domaines mécanique et énergétique, le campus scientifique de Luminy et son pôle d’excellence en santé publique autour de ses nombreux hôpitaux et cliniques privées. Cependant, comment rayonne le potentiel de recherche scientifique de Marseille ? Insuffisamment transformé en innovation accessible au grand public, il ne crée que rarement de la valeur économique.

 

" La Ville est en train de se trouver un nouvel axe de développement qui devrait plus que largement contribuer à sa reprise économique ces prochaines années : les infrastructures informatiques qui vont très largement irriguer l'économie traditionnelle du fait de la présence des plus grands câbles opérateurs européens, et les biotechnologies pour lesquelles Luminy est une des principales plateformes de R&D européennes.
Et n'oublions pas que Marseille héberge Marseille Innovation, le plus grand accélérateur public de la Région, et P-Factory qui compte déjà plus de 60 start-up en accélération. "

Stéphane SOTO, chef d’entreprise locale, DG de MEDINSOFT et DG d’Aix Marseille French Tech


Mais Marseille joue également un autre pari : celui de la culture, de l’audiovisuel et du tourisme, tous trois étroitement liés. Une stratégie gagnante, avec Marseille Capitale Européenne de la Culture 2013, la friche de la Belle-de-Mai et son emblématique Plus Belle La Vie, le MuCem et la Villa Méditerranée comme équipements culturels d’envergure internationale et surtout, le boom des croisiéristes qui lui a permis d’attirer l’équivalent de sa propre population en une seule année.
 

Mais la stratégie ne suffit pas sans gouvernance forte

On le comprend, Marseille a des atouts mais s’empêtre dans ses handicaps. Ceux-ci pourraient être résolus par une gouvernance forte car la stratégie existe, reste à la mettre en œuvre dans un délai relativement court, en l’accompagnant d’un changement d’image en profondeur. Les autres métropoles, Lyon, Bordeaux, Nice, ont déjà développé un city-branding pour mieux promouvoir leur territoire. Marseille ne peut pas plus que ses voisines se passer d’une stratégie de marque.

 

Auparavant, elle doit unifier et pacifier sa métropole, car elle ne peut se passer de sa périphérie pour se développer. Les statistiques de la dernière étude de l’AGAM sont éloquentes : Marseille n’est pas le moteur économique de la Métropole Aix-Marseille-Provence. L’évolution de l’emploi sur les 5 dernières années montre une croissance molle du côté marseillais et une attractivité marquée des extrêmes est et ouest de la métropole, dopés par les secteurs de l’énergie (pétrochimie, nucléaire, énergies renouvelables) et des technologies de l’information.

 

Il faut dire que la Métropole Aix-Marseille-Provence est très particulière et n’a que peu de points communs avec le Grand Paris, qui dispose comme elle d’un statut exceptionnel. Une métropole, c’est d’abord une ville-centre, moteur économique, culturel, scientifique de sa périphérie. Aix-Marseille, comme son nom l’indique, est bicéphale entre campagne et mer, entre hauts et bas revenus, entre habitat social dense et villages à la qualité de vie incroyable. Elle est composée de 6 territoires qui ont chacun leur identité, leurs axes économiques différenciés, soutenus par une politique fiscale optimisée ; six territoires qui ont intérêt à coopérer mais qui ont été unis par l’Etat dans la douleur, en opposition avec la quasi-totalité des élus locaux et de la population.

 

Marseille a besoin de la vitalité des 5 territoires voisins, et surtout de leur important potentiel fiscal – à ne pas s’y tromper, c’est bien là l’origine de la grogne des villes périphériques, qui répugnent à confier les clés de la métropole à sa ville-centre, souffrant d’un endettement massif et d’une gestion hasardeuse depuis de trop nombreuses années. Marseille devra montrer patte blanche avec une gestion exemplaire, hors des affaires scandaleuses impliquant les plus influents de ses hommes politiques comme l’affaire Guérini. Marseille devra s’éloigner absolument de sa propre caricature telle que dépeinte dans la récente série télé Marseille ; las, elle prête le flanc en promettant de transformer la Villa Méditerranée, lieu culturel d’envergure, en casino… tout comme dans la série !
 

Des promesses à tenir

Elle n’a que peu de temps pour se mettre en ordre de marche : Gênes et Barcelone ne l’attendent pas. Marseille doit voir grand. Elle sait que le marché asiatique est son meilleur débouché, tant en termes marchands que touristiques. La cité phocéenne peut d’ailleurs compter sur des géants comme la CMA-CGM, premier armateur mondial, pour lui ouvrir la voie comme par le passé.

Elle doit cesser de commettre des erreurs, garantir ses fondamentaux de sécurité physique, économique, et de salubrité, pour construire une offre globale de qualité. Car même avec la meilleure stratégie de marketing territorial, il ne faut jamais trahir la promesse délivrée par le message, que ce soit envers les touristes, les entreprises, les investisseurs, et surtout, de sa propre population.