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Analyse Altares  -  mercredi 30 mai 2012

Analyse 1er trimestre 2012 : Comportements de paiement des entreprises en France et en Europe

Les paiements interentreprises se tendent légèrement en France et dans plusieurs pays d’Europe.

33 % des entreprises françaises payent leurs factures sans retard, mais 36 % en décalent le règlement de 1 à 15 jours ; c’est le pourcentage le plus élevé en Europe.

 

En moyenne sur le premier trimestre 2012, les retards de paiement des entreprises françaises, analysés par Altares au travers des balances âgées des entreprises1, se situent à 11,9 jours, proches du cap des 12 jours affiché depuis plusieurs trimestres. Cette stabilité globale prêcherait donc pour une bonne résistance des entreprises en dépit d’une conjoncture de très lente sortie de crise, gourmande en trésorerie. En réalité, des tensions apparaissent. Les PME sont à la peine dans le bâtiment et le commerce. Les ETI et grandes entreprises françaises apparaissent moins vertueuses ; moins d’une sur dix paye les fournisseurs et sous-traitants sans retard.

En Europe, le retard moyen est quasi stable à 13,2 jours. L’Allemagne continue de tirer la performance européenne avec des retards en moyenne de seulement 6 jours tandis que le Royaume-Uni repasse au-dessus de la barre des 16 jours et la péninsule Ibérique reste au-delà de 20 jours. 41 % des entreprises européennes payent leurs fournisseurs sans retard.

 

LÉGER DURCISSEMENT DES CONDITIONS DE PAIEMENT EN FRANCE.

 

68,6 % des entreprises françaises règlent leurs fournisseurs sans retard ou avec des reports inférieurs à 15 jours. Ce taux est stable sur ce début d’année 2012 en comparaison du dernier trimestre 2011. Cette stabilité masque, néanmoins, un léger durcissement des conditions de paiement. En effet, le pourcentage d’entreprises qui respectent les délais de paiement recule légèrement à 32,6 % contre 32,9 % trois mois plus tôt, et en même temps, la part de report de 1 à 15 jours augmente de 35,7 % à 36 %.

 

Les ETI et grandes entreprises moins vertueuses.

Le respect des délais de paiement est inversement proportionnel à la taille de l’entreprise. Si plus de 38 % des microentreprises payent leurs fournisseurs sans retard, les ETI et grandes entreprises sont quatre fois moins nombreuses (9,2 %) à honorer cet engagement. Les comportements de paiement de ces dernières ont, toutefois, tendance à s’améliorer ; au printemps 2012, 34,5 % retardent le paiement des factures de plus de 15 jours contre 35,7 % en fin d’année 2011.

Les microentreprises sont donc plus promptes à payer leurs fournisseurs ; cependant, lorsqu’elles payent tardivement, les retards sont importants : 6,4 % des plus petites entreprises accusent des reports de paiement supérieurs à 30 jours, un seuil généralement significatif d’une trésorerie très dégradée. En effet, Altares constate, au travers des mesures de performance de ses scores de risque, que les entreprises reportant leurs règlements fournisseurs de plus de 30 jours, présentent une probabilité de défaillance multipliée par six.

La lente amélioration des comportements de paiement des ETI contraste avec une situation qui est encore compliquée pour les PME de 10 à 249 salariés. Moins d’une PME sur cinq respecte les délais de règlement et cette proportion est en recul. 18,3 % des PME payent leurs fournisseurs sans retard, c’est 0,4 % de moins qu’en fin 2011. Les faibles reports de paiement, inférieurs à 15 jours, augmentent (47,7 % contre 44,4 %) comme ceux de 15 à 30 jours (30,1 % contre 29,8 %).

 

Des tensions chez les jeunes entreprises comme chez les plus anciennes.

La situation s’améliore sensiblement pour les entreprises créées il y a moins de trois ans, mais se dégrade pour celles de trois à cinq ans. 38,4 % des plus jeunes respectent les délais de paiement, c’est 1 % de plus en trois mois ; ce point de gagné est d’autant plus important qu’il traduit un recul du même ordre (- 1 %) du pourcentage de retards supérieurs à 30 jours (7 %).

Pour les entreprises de trois à cinq ans, en revanche, la part des retards de plus de 30 jours augmente de 0,5 % et atteint 8,5 %, le taux le plus haut de l’ensemble des tranches d’âge. Cela se traduit par des règlements fournisseurs retardés en moyenne de 13,6 jours.

Les sociétés plus âgées ne sont pas épargnées par le durcissement des paiements, notamment pour les plus anciennes, celles créés il y a plus de cinquante ans. Sur cette tranche d’âge, environ une entreprise sur quatre seulement paye sans retard et la proportion recule légèrement. 25,4 % respectent les délais de règlement contre 25,7 % fin 2011. 0,3 % ont glissé vers des retards de 1 à 15 jours dont la proportion atteint désormais 44,4 %.

 

Les paiements se tendent dans le bâtiment et le commerce.

Le bâtiment semble faire figure de meilleur élève avec un taux de 45,2 % d’entrepreneurs respectant les délais de paiement et un retard moyen peu important à 8,6 jours. Toutefois, ces bons chiffres masquent un durcissement sur le début de l’année. En effet, fin 2011, 45,8 % (soit 0,6 % de plus) des entreprises payaient leurs fournisseurs sans retard. Les comportements de paiement ont donc tendance à se dégrader ; 32,1 % (contre 31,8 % fin 2011) décalent leurs règlements fournisseurs de 1 à 15 jours et 18,4 % (contre 18 %) les reportent de 15 à 30 jours.

Le commerce de détail donne également des signes de tension. 34,4 % des détaillants payent leurs fournisseurs sans retard début 2012, c’est 0,9 % de moins qu’en fin 2011 (35,3 %). La part de paiements retardés de 1 à 15 jours augmente en proportion ; 34,1 % des détaillants contre 33,2 % fin 2011. Le durcissement est plus sévère encore dans le commerce et la réparation de véhicules où désormais 27,6 % des entreprises retardent les paiements fournisseurs de 15 à 30 jours soit 2,6 % de plus que fin 2011.

Dans l’industrie, la dégradation des comportements de paiement est davantage sensible dans l’agroalimentaire que dans la manufacture. 5,8 % (contre 5,6 % fin 2011) des entreprises agroalimentaires reportent leurs règlements de plus de 30 jours et 28,8 % (contre 28,5 %) de 15 à 30 jours. Dans l’industrie manufacturière, le pourcentage de paiements sans retard tombe de 27,3 % à 27 % tandis que celui des retards de 1 à 15 jours augmente de 42,7 % à 43,1 %.

Les comportements de paiement des entreprises de service s’améliorent, en particulier dans les activités de l’information & communication où 30,8 % des sociétés de services informatiques règlent leurs fournisseurs sans retard, c’est 4,1 % de mieux qu’en fin 2011. Dans le transport et la logistique, les conditions de paiement sont relativement stables mais seulement 17,8 % des transporteurs respectent les délais.

Le secteur hébergement-restauration-débits de boisson n’échappe pas au durcissement des comportements de paiement. Le pourcentage de paiements effectués sans retard recule de 0,4 % dans la restauration (23,3 %) et l’hébergement (26,4 %) et de 0,9 % dans les débits de boisson (27,6 %) activité où désormais 15,1 % des entreprises payent leurs fournisseurs avec des retards de plus de 30 jours (13,2 % fin 2011).

 

Des disparités régionales.

Dans trois régions, le taux de paiements effectués sans retard est inférieur à 30 % ; l’Île-de-France (24,1 %), le Nord-Pas-de-Calais (28,7 %) et la Corse (29,6 %). La région francilienne ferme donc la marche ; moins d’une entreprise sur quatre respecte les conditions de paiement. En Corse, la situation est de surcroit mal orientée.

29,6 % des entreprises corses respectent les délais de paiement, c’est 0,9 % de moins qu’en fin 2011.

Quatre autres régions sont sous la moyenne nationale (32,6 % des règlements effectués sans retard) ; Alsace (30,9 %), Haute-Normandie (31,3 %), Picardie (31,7 %) et Provence-Alpes-Côte-D’azur (32 %). Dans cette dernière, 6,8 % des entreprises payent leurs fournisseurs avec des retards supérieurs à 30 jours ; c’est la troisième moins bonne performance de France métropolitaine après l’Ile-de-France (7,7 %) et la Corse (7 %).

Cinq régions présentent des taux de paiements non retardés compris entre 33 % et 36 %. Il s’agit de la Lorraine (33,4 %), Rhône-Alpes (33,6 %), Champagne-Ardenne (34,8 %), Languedoc-Roussillon (35,4 %) et Centre (35,7 %).

Pour les dix autres régions, le pourcentage de règlements effectués sans retard est compris entre 36 % et 39 % et grimpe à plus de 40 % dans le Limousin. Certaines de ces régions peinent cependant à résister. C’est le cas de Poitou-Charentes, Midi-Pyrénées, Franche-Comté, Bretagne et Limousin où la proportion de retards de paiement augmente en trois mois de 0,7 % à 0,9 %.

L’Aquitaine se distingue avec 36,9 % de règlements effectués sans retard, taux stable sur trois mois, et moins de 5 % des paiements sont retardés au-delà de 30 jours.

 

Le comportement de paiement, indicateur avancé d’analyse du risque.

Plus de 16 000 entreprises ont connu une défaillance sur les trois premiers mois de l’année. Les deux tiers d’entre elles présentaient des retards de paiement de leurs fournisseurs de plus de 15 jours. Si ce taux tend à se réduire sur un an, il demeure deux fois supérieur (64,7 % contre 31,4 %) à celui observé sur l’ensemble des entreprises (défaillantes et non défaillantes) ; preuve une fois encore que retards de paiement et pérennité d’entreprises sont indissociables. Illustration de ce couple ennemi, sans cesse observé au travers des mesures de performance de score Altares, l’exemple d’une ETI de menuiserie, ancienne et réputée, qui a obtenu l’homologation d’un accord de conciliation en début d’année. Cette société importante sur son marché présentait sur son bon bilan 2010

une activité en forte croissance maitrisée. Pourtant, le second semestre 2011 s’est avéré être plus compliqué, la trésorerie manquait pour accompagner la croissance de l’entreprise. Jusqu’alors tenus, les règlements fournisseurs se sont avérés plus irréguliers ; les retards de paiement étaient plus fréquents et plus importants sur les balances âgées analysées par Altares. Six mois après les premiers retards de paiement, le Tribunal homologuait le jugement de conciliation obtenu par la société. Aucun impayé signalé, un bilan solide, seule la dégradation du comportement de paiement de l’entreprise permet alors aux fournisseurs d’être alertés, bien en amont de la procédure de conciliation, des difficultés de trésorerie rencontrées par leur client. Rappelons que la conciliation est une procédure ouverte aux entreprises qui ne se trouvent pas en état de cessation des paiements depuis plus de quarante-cinq jours.

Cette connaissance avancée de la situation financière du client est un facteur de transparence économique et donne aux fournisseurs les moyens d’arbitrer leur politique crédit et piloter leur BFR de façon plus sécurisée.

Et cela dès les premiers signes de décalage de règlement. En effet, si la probabilité de défaillance du client s’accélère fortement à partir de 30 jours de retard de paiement (six fois plus forte), Altares constate également sur un cycle long de quinze ans que l’évolution des défaillances d’entreprises et celle des retards de paiement (réputés faibles) de 1 à 15 jours sont tout à fait corrélée.

 

LA FRANCE ET LA BELGIQUE, MEDIANES D’UN ESPACE EUROPÉEN DES PAIEMENTS GLOBALEMENT DICHOTOMIQUE.

Les comportements de paiement des entreprises européennes sont stables voire s’améliorent très légèrement. 40,9 % des entreprises règlent leurs fournisseurs sans retard (40,8 % fin 2011). Le retard moyen de paiement varie peu à 13,2 jours contre 13,3 jours fin 2011. Les paiements interentreprises semblent donc résister au contexte économique toujours tendu.

Pourtant, ce frémissement positif tiré par l’Allemagne, masque des disparités nationales et des pressions sur les paiements interentreprises dans plusieurs pays.

L’Allemagne affirme son leadership et distance tous ses partenaires commerciaux européens. Dans une Europe où six entreprises sur dix règlent leurs factures en retard, l’Allemagne fait figure d’exception et d’exemple. En effet, les trois quarts (74,7 %) des entreprises allemandes respectent les délais de paiement, voire anticipent les dates de règlement. Cette performance permet au pays de s’enorgueillir d’un retard moyen de paiement de seulement 6 jours.

Les Pays-Bas font également figure de bon élève avec 45,3 % d’entreprises payant leurs fournisseurs dans les délais contractuels prévus. Le retard moyen reste ainsi faible à moins de 9 jours (8,6 jours). Néanmoins, le pays n’échappe pas au durcissement des conditions de paiement. En fin d’année 2011, le taux d’entreprises respectant les délais de paiement était supérieur de 1,3 % (46,7 %).

La Belgique confirme l’amélioration du comportement de paiement de ses entreprises observé depuis début 2011. Désormais, 44,2 % des sociétés belges payent leurs factures sans retard, c’est 2,7 % de plus qu’en fin 2011. Pour le sixième trimestre consécutif, le retard de paiement moyen recule et tombe à 11,6 jours. Depuis septembre 2010, le retard moyen a baissé de 3 jours.

La France dont les retards de paiement se situent à 11,9 jours est donc désormais coiffée sur le podium européen par la Belgique. D’autant plus que moins d’une entreprise française sur trois (32,6 %) respecte les délais de paiement, soit 11,6 % de moins qu’en Belgique. La France présente par ailleurs le plus fort pourcentage de paiements retardés de moins de quinze jours en Europe (36 % contre 28,8 en moyenne européenne).

Derrière les quatre premiers, l’Italie (15,2 jours), le Royaume-Uni (16,3 jours) et l’Irlande (17,6 jours) affichent des jours moyens de retard assez proches. Si les décalages de paiement reculent de 0,6 jours en Irlande et 0,4 jours en Italie par rapport à la fin d’année 2011, ils s’allongent en revanche de 0,6 jours en Grande-Bretagne qui se dégrade à nouveau après cinq trimestres consécutifs d’amélioration. Le durcissement des conditions de paiement est sensible au Royaume-Uni où 24,7 % des entreprises respectent les délais de règlement, ratio faible qui est par ailleurs en recul de 1,7 % par rapport à fin 2011. En Italie, 45,9 % des entreprises payent leurs factures sans retard ; performance italienne à relativiser du fait des délais contractuels plus longs observés dans ce pays. Le délai contractuel italien est généralement proche de 90 jours pendant qu’il est inférieur à 60 jours en Irlande et Grande Bretagne.

La Péninsule Ibérique ferme la marche avec des retards moyens de paiement toujours supérieurs à 20 jours. Ils se situent à 20,8 jours en Espagne et 26,1 jours au Portugal mais sont en baisse d’une journée par rapport à fin 2011. Cette amélioration masque toutefois un durcissement des comportements de paiement des entreprises jusque-là respectueuses des délais. En effet, 40,7 % des entreprises espagnoles et 21,5 % des portugaises payent leurs fournisseurs sans retard, c’est 0,3 % de moins qu’en fin 2011. En revanche, le pourcentage des longs retards supérieurs à 30 jours diminue (- 1 %) pour se fixer à 15,8 % en Espagne et 19,6 % au Portugal, taux encore les plus importants en Europe.

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