Accueil | Actualités | Analyse 1er trimestre 2012 : défaillances et sauvegardes d'entreprises en France
16 206 ENTREPRISES DÉFAILLANTES SUR LE 1ER TRIMESTRE 2012 (+ 0,3 %).
Une sortie de crise révélatrice des faiblesses structurelles des PME.
Pour la quatrième année consécutive, le nombre des défaillances d’entreprises du premier trimestre reste bloqué au-dessus du seuil des 16 000 procédures. 16 206 procédures de sauvegarde, Redressement Judiciaire (RJ) ou Liquidation Judiciaire (LJ) directes ont été prononcées par les tribunaux (+ 0,3 %) depuis le début de l’année.
C’est 3 500 de plus qu’avant crise (début 2008). Les PME de 50 salariés et plus sont, comme au quatrième trimestre 2011, très
exposées (+ 27 %).
Malgré un mois de janvier très compliqué, les défaillances d’entreprises parviennent à se stabiliser sur le trimestre mais à un niveau élevé. C’est encore 3 500 entreprises de plus qu’en début 2008, juste avant crise, qui sont contraintes au dépôt de bilan. L’accélération des défaillances de PME pèse sur le chiffre d’emplois concernés directement par ces procédures collectives. L’ensemble des entreprises défaillantes sur ce premier trimestre représente 65 200 emplois contre 56 200 sur le même trimestre 2011, soit une augmentation de 16 %.
Plus de la moitié des régions, essentiellement sur la moitié Est, est mal orientée.Les activités de transport & logistique, de restauration et de santé concentrent les tendances les plus sévères.
DES RJ/LJ TOUJOURS AU PLUS HAUT MALGRE LA FAIBLESSE DES CREATIONS D’ENTREPRISES.
Plus de 9 défaillances sur 10 concernent des micro-entreprises mais ce sont les PME qui portent les tendances les plus sévères.
Comme il y a un an, 93 % des entreprises défaillantes, soit 14 700, sont des micro-entreprises (moins de 10 salariés).
Ce taux est comparable à celui représentant ces structures dans la démographie des entreprises françaises (95 % selon l’INSEE)1. Ces entreprises ne sont donc pas « surdéfaillantes » d’une part et, d’autre part, elles s’inscrivent sur une tendance stable (- 0,2 %) sur ce début d’année 2012.
Les sociétés de plus de 10 salariés sont, en revanche, davantage vulnérables. Elles sont 1 150 à avoir déposé le bilan depuis le début de l’année, c’est 7,2 % de plus qu’un an plus tôt. La situation est encore plus délicate pour les PME de 50 salariés et plus. 123 sociétés de cette taille ont connu une défaillance sur le premier trimestre soit une augmentation de 27 % par rapport au même trimestre 2011. Elles représentent 19 800 emplois. Cette lourde tendance sur ces PME avait déjà été observée sur l’étude trimestrielle Altares du quatrième trimestre 2011 (+ 35 %). Ces sociétés de 50 salariés et plus offrent, néanmoins, des solutions de redressement ; les tribunaux ont privilégié pour les trois quarts d’entre elles l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire (RJ) plutôt qu’une liquidation judiciaire directe (LJ). Sur l’ensemble des défaillances du trimestre, le taux de LJ directe est de 70 %.
Des PME à bout de souffle
Pour nombre de ces PME, le contexte économique de ce début d’année est un révélateur de leurs faiblesses structurelles. Plusieurs indicateurs concouraient à pronostiquer une sortie de crise difficile. En premier lieu, le tiers d’entre elles n’avaient pas encore, au moment de leur défaillance, répondu à leur obligation légale de publier leur bilan… 2010.
Ensuite, l’examen des deniers comptes publiés par ces PME montre que plus de 40 % d’entre elles n’avaient plus de fonds propres, près de 80 % affichaient une perte d’exploitation ; autant de signaux confirmant des difficultés sérieuses et anciennes. Au-delà de cette insuffisante capitalisation, le manque de cash voire de culture cash apparait également de façon manifeste. 40 % accusent sur le dernier bilan disponible des délais de règlement clients supérieurs à 60 jours et par voie de conséquence une insuffisance voire absence de trésorerie.
Situation conduisant la quasi-totalité de ces PME à retarder, à leur tour, les règlements de leurs fournisseurs ; les trois quart décalaient les paiements fournisseurs de plus de 15 jours et une sur cinq les reportait de plus de 30 jours. Or rappelons-le, les retards de paiement des clients sont à l’origine d’une défaillance sur quatre. Le retard de paiement est un marqueur fondamental de la santé financière des entreprises. Altares constate au travers des mesures de performance de ses scores de risque que des retards de paiement supérieurs à 30 jours sont symptomatiques d’une trésorerie très dégradée et d’une poursuite d’activité compromise.
Précisément, les entreprises reportant leurs règlements fournisseurs de plus de 30 jours présentent une probabilité de défaillance multipliée par six.
Les difficultés n’épargnent pas les sociétés les plus âgées.
Plus d’une entreprise défaillante sur deux (52 %) n’a pas passé sa 5ème année d’existence. Cette proportion tend,
toutefois, à diminuer légèrement du fait d’un moindre dynamisme des créations et donc de jeunes entreprises.
En effet, depuis trois ans, le nombre de nouvelles entreprises hors auto entrepreneurs est globalement stable aux
environs de 260 000 par an2.
Au-delà de 5 ans, en revanche, les chiffres de sinistralité se dégradent. C’est, notamment, le cas sur la tranche des 6 à 10 ans (+ 2,7 %) correspondant aux entreprises créées au début des années 2000 à la faveur des mesures visant, à partir de 2002, à donner un coup d’accélérateur aux nouvelles entreprises.
Les tensions n’épargnent pas non plus les sociétés les plus âgées. Corroborant la fragilité des PME de plus de 50 salariés donc naturellement plus matures, la sinistralité des entreprises créées il y a plus de 15 ans augmente fortement. Plus de 2 500 sociétés de cette tranche d’âge ont déposé le bilan depuis le début de l’année, soit une augmentation de 8 % par rapport au premier trimestre 2011.
Les activités fragilisées fin 2011 restent éprouvées début 2012.
Sur le dernier trimestre 2011, plusieurs secteurs viraient au rouge. C’était en particulier le cas du transport et de la logistique (+ 7 %). Les défaillances s’accélèrent encore sur ce début d’année 2012 (+ 13 %). Le transport routier de marchandises (+ 10 %) porte l’essentiel des procédures mais le transport de voyageurs dérape davantage (+ 34 %).
La restauration, également mal orientée en fin d’année (+ 6 %), l’est encore début 2012 (+ 10 %). Plus précisément, les tendances sont sévères dans la restauration rapide (440 ; + 12 %) comme traditionnelle (963 ; + 10 %).
La situation du commerce s’éclaircit. En hausse de plus de 5 % en fin 2011, les défaillances se stabilisent en ce début 2012. Ce redressement masque toutefois une dégradation dans le commerce inter-entreprises (+ 4 % contre - 4 % fin 2011) ainsi que le commerce et la réparation de véhicules (+ 8 % contre + 15 %). La vente de détail semble globalement moins exposée (- 3 % après + 7 % fin 2011) mais reste sous tension dans l’habillement (+ 5 %) ou le soin de la personne (+ 18 %).
L’industrie poursuit son redressement (- 2 %) tirée par la performance de l’industrie manufacturière (- 6 %) alors que l’agroalimentaire dérape de + 6 %.
Les activités de santé humaine et action sociale confirment des tendances sévères. Les défaillances d’entreprises augmentent encore de 13 % après une dégradation de 16 % fin 2011. 200 structures ont connu une procédure collective début 2012 parmi lesquelles 24 médecins généralistes et 51 infirmiers-sages-femmes.
Dans la construction, les défaillances d’entreprises sont en recul de 1 % (- 3 % fin 2011) en dépit de tensions dans le bâtiment (+ 1 %) en particulier dans la menuiserie (+ 15 %, 416 défaillances), le revêtement des sols et des murs (+ 12 %, 214) et dans une moindre mesure les travaux d’installation d’équipements thermiques et de climatisation (+ 3 %, 199). Les services aux entreprises sont également encore bien orientés (- 3 % après - 5 % fin 2011) avec toutefois une sévère tendance pour le nettoyage de bâtiment (+ 22 % et 177 défaillances).
La moitié Est de la France concentre les tendances les plus sévères.
L’Île de France qui comptabilise près de 20 % des défaillances d’entreprises françaises, s’inscrit sur une tendance favorable depuis deux ans, amortissant la dégradation nationale. Sur le premier trimestre 2012, le nombre d’ouvertures de procédures judiciaires recule de 5,5 % (3 032) en dépit de contractions dans le commerce (+ 1 %).
Rhône-Alpes, qui elle aussi restait sur deux ans de baisse des défaillances d’entreprises, confirme le retournement observé en toute fin d’année 2011 et termine le premier trimestre sur une dégradation de + 5,9 %. Les restaurateurs rhônalpins sont particulièrement affectés avec 159 procédures soit + 62 % par rapport au même trimestre 2011.
Provence-Alpes-Côte-D’azur déjà mal orientée sur les deuxième et quatrième trimestres 2011 démarre l’année 2012 sur une augmentation des défaillances d’entreprises de 6,3 %. Les difficultés sont très sensibles dans la construction (+ 15 %) et la restauration (+ 13 %).
Au-delà de ces deux grandes régions sud-est qui réunissent ensemble 22 % des défaillances françaises, c’est tout un large flan Est du pays qui connait de fortes augmentations du nombre de procédures collectives ouvertes sur ce premier trimestre. La Franche-Comté est la plus frappée avec une hausse de 16,7 % après une dégradation de plus de 7 % sur l’ensemble de l’année 2011. Le commerce pèse fortement sur l’indicateur régional ; le nombre de commerçants francs-comtois ayant déposé le bilan (84) sur les trois premiers mois 2012 est en hausse de 58 %.
Champagne-Ardenne (+ 12,1 %), Bourgogne (+ 5,2 %) et Alsace (+ 9,2 %), trois régions frontalières à la Franche-Comté sont elles aussi mal orientées. Si les tendances avaient été bonnes en 2011 pour les deux premières, en revanche,l’Alsace poursuit un mouvement défavorable engagé depuis le printemps 2011.
La Picardie s’inscrit elle aussi sur une dégradation sensible (+ 8,5 %) ; c’est une nouvelle détérioration après une année 2011 compliquée qui avait placé la région en tête des plus fortes hausses (+ 9,3 %).
Derrière ces régions dans le rouge, six autres présentent des évolutions comprises entre 0 % et 5 %. Les défaillances d’entreprises augmentent ainsi de 0,8 % en Poitou-Charentes, 0,6 % en Basse-Normandie, 1,4 % en Haute-Normandie, 2,1 % en Aquitaine, 3,2 % en région Centre et 4,8 % en Corse.
Huit régions, exception faite de l’Île-de-France, enregistrent un recul des défaillances d’entreprises voire poursuivent une tendance déjà favorable en 2011. C’est le cas de Nord-Pas-de-Calais (- 1,7 %) bien orientée depuis fin 2010, Lorraine - 2,7 % (- 6 % en 2011), Languedoc-Roussillon - 9,1 % (- 2,4 % en 2011) et Auvergne - 14 % (- 3,3 % en 2011). 2012 s’amorce favorablement après une année 2011 qui avait été plus délicate pour Pays-de-la-Loire - 1,2 %, Midi-Pyrénées - 0,6 %, Bretagne - 5,7 % et Limousin - 15 %.
LE RECOURS À LA PROCEDURE DE SAUVEGARDE SEMBLE SE STABILISER
La procédure de sauvegarde entre dans sa septième année de mise en application. Or force est de constater que son taux d’utilisation se stabilise à seulement 2 % de l’ensemble des procédures collectives prononcées. En écho à la stabilité des ouvertures de RJ/LJ, le recours à la procédure de sauvegarde décélère début 2012. Si les demandes de sauvegardes acceptées par les tribunaux avaient explosé de + 193 % en 2009 au plus fort de la crise, elles n’augmentent plus que de 4 % en ce premier trimestre.
Les PME semblent privilégier la sauvegarde.
Les micro-entreprises, qui représentent l’essentiel du tissu des entreprises françaises, demeurent légitimement les plus nombreuses à solliciter cette procédure. 74 % des ouvertures ont, en effet, été demandées par des entreprises de moins de 10 salariés. Néanmoins, ce taux est inférieur à celui observé pour les procédures de RJ/LJ (93 %). Ainsi donc, les sauvegardes de PME de 10 salariés et plus représentent 26 % du total contre seulement 7 % pour les RJ/LJ ; un taux d’utilisation presque quatre fois plus fort semblant démontrer que les PME seraient davantage
sensibilisées à ce dispositif préventif.
En tendance, les évolutions les plus lourdes du premier trimestre 2012 sont constatées sur la démarcation microentreprises et PME. 97 TPE de 6 à 19 salariés ont obtenu l’ouverture d’une procédure de sauvegarde sur les trois derniers mois, soit 43 % de plus qu’au cours du même trimestre 2011.
Plus de la moitié des procédures ont été demandées par des entreprises jeunes de 3 à 5 ans (90 + 15 %) ou au contraire âgées de plus de 15 ans (94, + 9 %).
Les entreprises de services concentrent le quart des sauvegardes.
Les sociétés de services aux entreprises sont les plus nombreuses à recourir à la sauvegarde (77, + 20 %). Alors qu’elles représentent 12 % des RJ/LJ, elles concentrent 24 % des sauvegardes, soit deux fois plus.
Dans des proportions moindres mais sur des tendances fortes, la restauration recense 23 sauvegardes soit 43 % de plus qu’un an plus tôt, illustrant les tensions observées dans cette activité. Autres secteurs également sévèrement orientés sur le front des RJ/LJ, le transport et la logistique enregistrent un plus fort usage de la sauvegarde.
Rhône-Alpes toujours en tête.
Dès la mise en place de la sauvegarde en 2006, Rhône-Alpes a tiré l’utilisation de ce dispositif. Ce trimestre encore, la région enregistre le plus fort recours avec 44 procédures devant Provence-Alpes-Côte-D’azur (37) et Île-de-France (30).
Indicateur encourageant quant à un plus large usage de la sauvegarde en région et, par conséquent, une meilleure prévention des difficultés des entreprises, quatre autres régions atteignent ou franchissent le cap des 20 sauvegardes ce trimestre. Il s’agit de Midi-Pyrénées (20), Picardie (22), Aquitaine (25) et Pays-de-la-Loire (29).
« Alors que la reprise est toujours vacillante, la crainte d’une rechute dans la zone euro sur fond d’une résurgence de la crise de la dette souveraine mine l’économie réelle. Les tensions sur les prix des matières premières conjuguées au durcissement de l’accès au financement pèsent sur les exploitations. », souligne Thierry MILLON, responsable des analyses.
« Le chiffre d’affaires est correct, le carnet de commandes satisfaisant mais la trésorerie insuffisante pour couvrir les achats en attendant d’être payé bien plus tard ! Voilà un discours souvent entendu dans les PME. Pourtant, au-delà des secousses conjoncturelles ou des accidents de parcours, nombre d’entreprises sont en difficulté faute d’une discipline financière solide.
En effet, la situation économique compliquée depuis 2008 et probablement encore sur 2012 est un révélateur des faiblesses structurelles des entreprises. L’analyse des procédures judiciaires de ce premier trimestre 2012 le met en exergue : manque de fonds propres, marges insuffisantes, absence de trésorerie et donc retards de règlements fournisseurs. Cela traduit une trop faible attention portée au cash par les dirigeants de ces entreprises. Celui-ci est pourtant fondamental pour permettre à l’entreprise de répondre de ses engagements, innover et préparer l’avenir. Mettre en oeuvre une culture cash c’est, par exemple, connaître et suivre ses clients pour anticiper leurs défauts de paiement mais aussi accompagner leur croissance ; connaitre et suivre ses fournisseurs stratégiques pour garantir ses approvisionnements ; sécuriser ses flux d’information pour gagner en performance financière. Le cash est le nerf de la compétition économique. »
Mots clés : | analyse | défaillance | sauvegarde | entreprises
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