Accueil | Actualités | Analyse 2ème trimestre 2012 : défaillances et sauvegardes d'entreprises en France
LES DÉFAILLANCES D’ENTREPRISES TOMBENT SOUS LE SEUIL DES 14 000 (- 4,7 %) AU 2ÈME TRIMESTRE 2012. LES PME RESTENT cependant TRÈS EXPOSÉES COMME AU PLUS FORT DE LA CRISE (+ 50 %).
Le nombre des défaillances d’entreprises comptabilisées au cours du deuxième trimestre revient sous le seuil des 14 000 franchi en 2009. 13 722 procédures de sauvegarde, RJ ou LJ directe ont été prononcées par les tribunaux, soit un recul de 4,7 % en comparaison du deuxième trimestre 2011. Cette tendance pourrait confirmer que le plus gros des difficultés est derrière nous.
Ce signal positif est pourtant contesté par les PME qui souffrent comme au plus fort de la crise.157 entreprises de plus de 50 salariés ont fait l’objet d’une défaillance ce deuxième trimestre, c’est 49,5 % de plus qu’au printemps 2011 et quasiment autant qu’au cours du deuxième trimestre 2009. Les plans d’action mis en oeuvre dans les PME au sortir de la crise semblent avoir été infructueux.
Plus globalement, la baisse des défaillances d’entreprise est portée par les micro-entreprises sans salarié (- 19 %) qui semblent s’être « habituées » aux effets de la crise et se sont remises en ordre de marche. L’amélioration est donc pour elles très sensible ; cependant, il faut rappeler qu’en 2009, trois ans plus tôt, âge de forte vulnérabilité des entreprises, les créations d’entreprises hors statut auto-entrepreneurs étaient en recul de 20 %. Les autres catégories d’entreprises enregistrent une hausse des défaillances (+ 7 %) confirmant que, dès qu’il y a des salaires donc des charges fixes à verser, nécessitant une trésorerie régulière, le risque est sensible voire fort.
Dans ces conditions, la question des emplois menacés par les défaillances est cruciale ; 72 500 salariés (+ 25,6 %) sont concernés ce trimestre par la procédure judiciaire de leur entreprise, ce chiffre trimestriel est au plus haut sur cinq ans.
Dans ce contexte de baisse globale des défaillances, quelques activités sont néanmoins dans le rouge. C’est le cas de la promotion immobilière (+ 55,8 %) et des agences immobilières (+ 20,9 %), du conseil en systèmes et logiciels informatiques (+ 20,9 %), et le transport routier de marchandises, plus précisément le fret de proximité (+ 12,4 %).
Sur la seule population des PME de 50 salariés et plus, les défaillances d’entreprises se situent pour moitié dans l’industrie manufacturière et les services de sécurité privée ou de nettoyage.
Les deux tiers des régions sont orientées favorablement. Les tensions sont très marquées sur un couloir Est allant de l’Auvergne à la Lorraine en passant par la Bourgogne et Champagne-Ardenne, régions qui avaient enregistré un bon deuxième trimestre 2011.
Des PME structurellement fragiles.
Près de 40% des entreprises défaillantes sont des micro-entreprises sans salarié et 53 % sont des TPE de 1 à 10 salariés. Si les premières s’inscrivent sur une forte baisse des défaillances d’entreprises sur ce deuxième trimestre 2012 (- 19 %), les secondes en revanche peinent à résister à une conjoncture atone et à des besoins de trésorerie insuffisamment satisfaits. Les charges fixes, salariales principalement, ne permettent aucun arbitrage et lorsque les carnets de commande sont trop courts le déséquilibre budgétaire est inévitable. Plus de 7 100
TPE ont ainsi été contraintes à défaillir, c’est 6,3 % de plus qu’au deuxième trimestre 2011.
Les PME, réputées plus anciennes et plus structurées, ne sont pas épargnées. En particulier celles de 50 salariés et plus. 139 ouvertures de redressements ou liquidations judiciaires et 18 sauvegardes ont été prononcées au cours des trois derniers mois, soit une hausse de 49,5 % par rapport au deuxième trimestre 2011. 157 PME de cette taille, c’est à peu près le nombre relevé au plus fort de la crise début 2009. Cette sévère évolution montre que les PME sont encore fragiles et pas encore sorties des difficultés. Même pour les plus grandes d’entre elles.
« Too big to fall » continue de trouver une résonnance particulière ce trimestre encore avec les défaillances de gros acteurs.
Aucune entreprise n’est immunisée contre un brutal retournement économique mais nombre des défaillance portent sur des entreprises structurellement fragiles depuis plusieurs années. Un tiers des sociétés tenues de publier leurs bilans n’ont pas répondu à cette obligation en 2010 laissant craindre que les indicateurs financiers déjà dégradés en 2009, voire avant, ne se soient pas améliorés depuis. Si nous nous concentrons sur les seules PME ayant publié leurs comptes, nous observons par exemple une dangereuse érosion des fonds propres
depuis 2007 ; ces derniers sont en effet tombés de 25 % en 2007 à 21 % en 2008 puis 17 % en 2009 et ne représentent plus que 12 % du total bilan en 2010. A l’inverse, le poids des dettes long/moyen terme a triplé en 3 ans et s’établissait à plus de 33 % en 2010. Par ailleurs, la dégradation des marges pèse sur les comptes ; encore de 3 % en 2007, la rentabilité d’exploitation (résultat d’exploitation sur production) tombait à un peu plus d’1 % en 2008, était proche de 0 % en 2009 avant de devenir déficitaire en 2010. La sortie de crise est donc
pour ces entreprises très révélatrice de leurs faiblesses structurelles. Les carnets de commande, qui par ailleurs se regarnissent lentement, sont insuffisamment financés, les besoins de trésorerie non couverts. La raréfaction du crédit bancaire accélère la difficulté des entreprises mais le crédit interentreprises participe aussi activement aux tensions de trésorerie. Les comptes des PME défaillantes montrent notamment que le délai de paiement des clients, en dépit de la LME, s’est allongé régulièrement en 5 ans passant de 67 jours en 2006 à 77 jours en
2010. Dans ces conditions, les PME sont tentées voire contraintes en phase difficile de reporter ces dérapages sur les fournisseurs ; ainsi, Altares observe au travers du programme DunTrade d’analyse des balances âgées des entreprises que plus de 71 % des PME défaillantes retardaient leurs paiements fournisseurs de plus de 15 jours.
Ces PME doivent donc faire leur mue, toutefois, elles conservent des possibilités de redressement. C’est pourquoi, les tribunaux privilégient l’ouverture d’un redressement judiciaire plutôt que la liquidation immédiate pour 72 % des PME alors que ce taux n’est que de 32 % pour les TPE.
Recul des défaillances dans la plupart des secteurs d’activité mais forte dégradation (+ 21 %) pour les agences immobilières et le conseil en système informatique.
La forte présence des micro-entreprises, mais en tendance bien orientée, milite pour une baisse des défaillances
d’entreprises dans la plupart des secteurs. Quelques activités demeurent néanmoins sous tension.
Ainsi, le bâtiment et le commerce qui représentent ensemble la moitié des défaillances d’entreprises enregistrent une diminution du nombre d’ouverture de procédures de 6 % et 5 %. Pourtant, pour chacun d’eux, certains métiers dérapent. C’est le cas de l’immobilier et principalement des agences immobilières (+ 20,9 % et 162 défaillances) et du commerce et réparation automobile (+ 2,1 % et 428).
L’industrie s’inscrit sur une tendance favorable tant dans l’agroalimentaire (- 4,1 %) que la manufacture (- 5,8 %).
Ces évolutions portent sur l’ensemble des industriels mais les seules PME sont en revanche à la peine. 38 PME de l’industrie manufacturière ont obtenu ce trimestre l’ouverture d’un RJ ou d’une LJ, c’est 10 de plus qu’un an plus tôt.
Les défaillances sont également bien orientées dans les services à destination des particuliers (- 4,9 %), les Hôtels-Restaurants-Débits de boisson (- 5,4 %) ou les services aux entreprises (- 3,8 %). Proches des services aux entreprises, le transport et l’informatique s’inscrivent sur de moins bonnes tendances. Les défaillances augmentent de 20,9 % dans les activités de conseils en informatique et de 12,4 % dans le transport routier de fret de proximité. Dans le transport interurbain, le nombre de procédure recule de 10 %.
Des difficultés plus marquées dans l’Est de la France.
L’Île-de-France, qui comptabilise plus de 20 % des ouvertures de RJ/LJ, s’inscrit sur une orientation favorable (- 5,9 %) et donne le ton à la tendance nationale (- 5,1 %).
Un tiers des régions enregistre des améliorations plus sensibles encore au-delà de - 10 %. C’est le cas, notamment, du Poitou-Charentes et de la Franche-Comté (- 19 %) après un deuxième trimestre 2011 qui avait été très lourd (> + 20 %).
Pour un autre tiers des régions, les défaillances sont en baisse de 2 à 10 %. Il en est ainsi par exemple de l’Aquitaine ou des Pays de la Loire qui étaient déjà bien orientés il y a un an.
Dans un dernier tiers, en revanche, les défaillances d’entreprises augmentent. La dégradation est rapide (> + 20 %) en Auvergne, Bourgogne et Champagne-Ardenne.
Les ouvertures de sauvegarde augmentent de 13 %.
La procédure de sauvegarde continue de progresser (+ 13,3 % et 367 ouvertures) en particulier dans les entreprises de 6 à 49 salariés. 98 chefs d’entreprises avaient obtenu une sauvegarde au cours du deuxième
trimestre 2011, ils étaient 163 ce trimestre, soit une hausse de 66 %.
Les ouvertures de sauvegarde augmentent principalement dans le bâtiment (+ 93 %) et les services aux entreprises (+ 35 %).
« Les trésoriers battent le tocsin. Financer l’exploitation s’avère être un exercice compliqué pour beaucoup et même impossible pour d’autres. Le recul du nombre de défaillances d’entreprises constaté ce trimestre masque mal une réalité budgétaire lourde pour les TPE et PME », constate Thierry MILLO N responsable des études Altares.
« Après avoir été contraintes à adopter des positions défensives durant la crise pour ne pas ajouter aux clients perdus des prospects mauvais payeurs, les entreprises tentent à nouveau de reconquérir leurs marchés voire en aborder de nouveaux. Cette tendance confirme que les affaires se remettent en ordre de marche. Mais, réamorcer la pompe s’avère plus long et plus difficile qu’espéré. Les carnets de commande se regarnissent lentement et les besoins de trésorerie sont compliqués à couvrir. Le financement des TPE et des PME doit changer de paradigme. L’accès aux crédits bancaires est, et continuera à être, plus restrictif, conditionné aux performances attendues plus que passées. Les TPE ne disposent quasiment d’aucune marge de manoeuvre lorsqu’elles rencontrent des difficultés, elles doivent payer les salaires, un poste de charges fixes nécessitant de disposer en permanence d’une trésorerie suffisante. Les PME et a fortiori les ETI semblent, en cas d’accident, pouvoir arbitrer moins difficilement une réallocation de ressource. Pourtant, pour les petites comme pour les grandes la question est moins de savoir comment financer un trou d’air que de savoir anticiper son cash moyen terme. L’anticipation exige alors d’implémenter des tableaux de bord stricts permettant à tout instant de mesurer, notamment, la trésorerie et ses indicateurs associés comme les délais de règlement. Une défaillance d’entreprise sur quatre est due à des retards de paiement. Or, en dépit des contraintes règlementaires comme la LME, les dettes fournisseurs pèsent encore plus de 500 milliards d’euros, c’est-à-dire plus de quatre fois les crédits bancaires court terme. Laisser « courir » un retard de paiement, c’est accepter au mieux de dégrader sa marge, au pire d’épuiser sa trésorerie jusqu’à devoir défaillir. Les PME défaillantes de ce deuxième trimestre, structurellement anémiées, disposaient de moins d’une semaine de chiffre d’affaires en trésorerie sur leurs comptes 2010. Les donneurs d’ordre sont pointés du doigt et invités à davantage de solidarité avec les PME mais cela ne doit pas conduire les chefs d’entreprises à s’affranchir de leurs propres scotomisation face aux signaux d’alerte. La gestion du besoin en fond de roulement est capitale, c’est la culture cash ».
Mots clés : | Altares | etudes | études | défaillances | sauvegarde d'entreprise
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